Le quilting est la couture qui traverse les trois couches d'un quilt et les solidarise. C'est elle qui transforme un assemblage de tissus en objet fini, qui lui donne sa texture gaufrée et qui décide, bien plus que le patchwork lui-même, de l'allure de la pièce terminée.
Le mot désigne l'opération de piqûre qui unit la face supérieure, la ouate intermédiaire et le tissu de dessous. Ces trois épaisseurs, une fois superposées, forment ce que les quilteuses appellent le sandwich. Tant qu'elles ne sont pas cousues ensemble, l'ouvrage reste un empilement instable ; dès que la piqûre les traverse, l'ensemble devient solidaire et prend du relief.
Cette couture a d'abord une fonction mécanique. Elle empêche la ouate de se déplacer, de se tasser dans un coin et de former des paquets au premier lavage. Sa densité n'est donc pas libre : chaque type de ouate impose un espacement maximal entre deux lignes de piqûre, indiqué sur son emballage. Une ouate de coton demande en général un quadrillage tous les huit à dix centimètres, une ouate polyester tolère quinze à vingt centimètres, une ouate de laine se situe entre les deux.
Le bâti, ou basting, maintient les trois couches pendant la piqûre. Trois méthodes coexistent. Les épingles courbes de sûreté, posées tous les dix centimètres environ, conviennent au quilting à la machine et se retirent au fur et à mesure. La colle temporaire en aérosol va plus vite et évite les reliefs sous le pied, mais demande de travailler dans un local ventilé. Le bâti au fil, cousu à grands points, reste la méthode traditionnelle pour le quilting à la main.
Le montage se fait sur une surface plane et dure, le dos tendu face contre la table et fixé au ruban adhésif, la ouate posée à plat et détendue une nuit à l'avance, puis le top centré par-dessus. La ouate et le dos doivent dépasser d'au moins cinq centimètres sur chaque côté, car l'ouvrage se rétracte pendant la piqûre.
La piqûre à la main se pratique avec une aiguille courte et rigide, dite between, en taille 9 à 12, un dé à coudre à cupules et un fil à quilter plus résistant qu'un fil de couture ordinaire. Le geste consiste à charger plusieurs points sur l'aiguille avant de tirer le fil, en s'aidant du doigt placé sous l'ouvrage pour sentir la sortie de la pointe.
La régularité prime sur la finesse. Une quilteuse expérimentée obtient huit à douze points par pouce, soit environ trois à cinq points par centimètre, mais un ouvrage à six points parfaitement réguliers est plus beau qu'un ouvrage à dix points irréguliers. Un tambour ou un cadre maintient la tension du sandwich et facilite considérablement ce travail.
La machine ouvre deux familles de techniques. Le quilting guidé se fait avec un pied à double entraînement, appelé aussi pied de transport supérieur ou walking foot, qui entraîne les épaisseurs supérieures en même temps que les griffes entraînent celles du dessous. Sans lui, le tissu du dessus se décale et forme des plis en fin de rangée. Il sert à toutes les lignes droites, aux diagonales et à la couture dans les coutures, ou stitch in the ditch, qui disparaît dans les jointures du patchwork.
Le quilting libre, ou free motion, se pratique avec un pied à broder et les griffes abaissées ou recouvertes. C'est alors la main qui déplace l'ouvrage, la machine se contentant de piquer. Le méandre, les volutes, les échos qui suivent le contour d'un motif et les remplissages géométriques relèvent de cette technique, qui demande de la pratique pour obtenir des points de longueur constante.
Le réglage compte autant que le geste. Un fil de coton en 40 ou 50 se comporte mieux qu'un fil trop fin, une aiguille quilting en 80 ou 90 traverse les trois épaisseurs sans casser, et la tension supérieure se contrôle sur une chute montée en sandwich avant d'attaquer l'ouvrage. Un point trop tendu remonte le fil de canette à la surface et se voit immédiatement.
Le motif de quilting change radicalement la lecture d'un même assemblage. Des lignes parallèles à un centimètre d'écart donnent un rendu contemporain et rigide, un méandre régulier adoucit l'ensemble et met le tissu en valeur, des motifs floraux denses créent un relief marqué et appellent des tissus unis pour rester lisibles.
La règle de bon sens consiste à opposer densité de piqûre et densité de motif. Un patchwork très graphique supporte mal un quilting élaboré, les deux se concurrencent. À l'inverse, un quilt en tissu uni, dit whole cloth, tire toute sa valeur du seul travail de piqûre.
Les deux mots désignent des étapes différentes et ne sont pas interchangeables. Le patchwork est une technique d'assemblage : coudre bord à bord des morceaux de tissu de formes et de couleurs variées pour composer une surface. Le résultat est une face de quilt, appelée top, et rien de plus.
Le quilting est l'étape suivante, celle qui superpose ce top à une ouate et à un tissu de dessous, puis les traverse d'une piqûre. Le quilt est l'objet fini issu de cette opération.
Il découle de cette distinction deux conséquences pratiques. Un patchwork non doublé ni piqué, aussi beau soit-il, n'est pas un quilt : c'est un ouvrage en cours. Et un quilt n'a pas besoin de patchwork : une face en tissu uni, ou une face en appliqué où les motifs sont posés et cousus sur un fond, donne un quilt tout aussi authentique.
L'appliqué consiste à fixer des pièces de tissu sur un fond, à la main au point invisible ou à la machine au point de bourdon. Le trapunto ajoute un rembourrage localisé par l'arrière pour faire ressortir un motif en relief. Le sashiko, d'origine japonaise, utilise des points avant réguliers en fil blanc sur tissu indigo, sans ouate à l'origine. Toutes se combinent avec le quilting, aucune ne le remplace.
Une machine familiale ordinaire permet de commencer, mais quelques caractéristiques changent réellement le confort de travail dès que les pièces dépassent le format d'un plaid.
Le passage sous le bras, c'est-à-dire l'espace entre l'aiguille et la colonne de la machine, détermine la taille du rouleau de tissu que l'on peut faire passer. En dessous de vingt centimètres, un quilt de lit devient très pénible à manœuvrer ; entre vingt-cinq et trente centimètres, le travail reste possible sans crispation.
L'abaissement des griffes, ou à défaut une plaque de recouvrement fournie, conditionne l'accès au quilting libre. Le pied à double entraînement doit être disponible pour le modèle, intégré sur certaines machines et vendu en accessoire sur d'autres. Le réglage de la pression du pied permet d'adapter l'appui à l'épaisseur du sandwich, fonction absente des machines les plus simples et vite regrettée.
Deux commodités font la différence à l'usage : le variateur de vitesse, qui permet de piquer lentement dans les courbes tout en gardant les mains libres, et l'arrêt de l'aiguille en position basse, qui maintient l'ouvrage en place quand on repositionne les mains. Une table d'extension, enfin, soutient le poids du quilt et évite qu'il ne tire sur la zone de couture, ce qui déforme les points.
Une machine mécanique robuste, y compris ancienne, suffit parfaitement pour du quilting en lignes droites et traverse les épaisseurs sans faiblir. Les machines électroniques apportent le confort de réglage et la régularité, et les modèles dédiés au quilting ajoutent un grand passage sous le bras, un régulateur de point qui maintient une longueur constante en free motion et une table intégrée.
Les longarms sont des machines montées sur un cadre où le tissu reste tendu et où c'est la tête qui se déplace. Leur prix et leur encombrement les réservent aux ateliers et aux professionnelles, mais beaucoup de merceries et d'ateliers associatifs les louent à l'heure, et des quilteuses proposent le service de piqûre à façon. Confier le quilting d'un grand ouvrage reste une pratique courante et n'ôte rien à la valeur du travail d'assemblage.